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Maison & Objet 2026 l’art de raconter des histoires
par Jean-Yves Léonard, Pacific Compagnie
Paris, le 20 janvier 2026
Il est des marques qui exposent des meubles. Et puis il y a Eichholtz, qui, à Maison & Objet, transforme chaque stand en un chapitre d'un roman visuel. Après avoir exploré hier les équilibres subtils entre passé et futur, me voilà plongé dans l'univers d'une maison néerlandaise où le luxe n'est pas une question de prix, mais de narration. Ici, chaque pièce a une âme, chaque matière une mémoire, et chaque mise en scène une intention : vous faire oublier que vous êtes dans un salon professionnel.
Eichholtz, ou l'art de la mise en scène
Fondée il y a plus de trente ans par Theo Eichholtz, la marque a bâti sa réputation sur un principe simple : le design doit raconter une histoire. Et quelle histoire ! Entre le *Greyson XL Chandelier*, cascade de plaques d'albâtre suspendues comme une sculpture cinétique, et le *Carleton Bar Stool with Back*, où le laiton sculptural épouse un tissu aux motifs graphiques, on oscille entre l'Art déco et une modernité assumée. "Nous ne créons pas des objets, nous composons des décors", m'a confié l'un de leurs designers, alors que je m'attardais devant une console en métal martelé, reflétant la lumière des lanternes en laiton. Un jeu de miroirs et de matières qui rappelle que le vrai luxe réside dans les détails — ceux qui transforment un espace en une expérience.

Des ambiances théâtrales
Chez Eichholtz, on ne parle pas de mobilier, mais de *scénographie*. Une bibliothèque noire, ornée de clous décoratifs, dialogue avec un tapis aux motifs animaliers, tandis qu'un canapé clair, posé devant un mur texturé aux reflets dorés, invite à la contemplation. "Le secret ?", souffle un architecte d'intérieur croisé dans l'allée, "c'est de savoir doser l'audace et l'élégance." Ici, un tapis zébré dynamise un coin salon ; là, une table basse en métal martelé reprend les codes d'une console, créant une harmonie visuelle qui semble aller de soi. Pourtant, rien n'est laissé au hasard. Chaque objet, chaque texture, chaque lumière est pensée pour évoquer une émotion, suscitée par la rencontre entre le brut et le raffiné.
Le luxe comme une évidence
Ce qui frappe, c'est cette capacité à rendre le sophistiqué accessible, sans jamais tomber dans la facilité. Les matériaux nobles — laiton, albâtre, tissus riches — sont travaillés avec une précision d'orfèvre, mais toujours au service d'une ambiance. "Le luxe, aujourd'hui, c'est de se sentir chez soi, même dans un palace", résume un décorateur new-yorkais, visiblement séduit par un fauteuil aux lignes épurées, posé devant une bibliothèque où livres et objets semblent avoir été choisis pour leur capacité à inspirer. Eichholtz ne vend pas des meubles : la marque vend des intérieurs où l'on a envie de vivre, de rêver, de s'évader.

L'héritage comme fil conducteur
Dans un salon où beaucoup surfent sur la vague du "vintage revisité", Eichholtz rappelle que l'élégance intemporelle ne se décrète pas, elle se cultive. Leurs créations, à la croisée des époques, prouvent que le passé n'est pas une mode, mais une source inépuisable d'inspiration. "Nous ne suivons pas les tendances, nous les anticipons", m'explique un responsable, devant une mise en scène où un mur texturé aux reflets dorés répond à des assises aux motifs géométriques. Une philosophie qui résonne particulièrement dans cette édition de Maison & Objet, où l'on cherche moins à surprendre qu'à émouvoir.

Et demain ?
Alors que je quitte le stand, une question me vient à l'esprit : dans un monde où tout va toujours plus vite, où les tendances s'effacent avant même d'avoir émergé, des marques comme Eichholtz nous rappellent une évidence trop souvent oubliée. Le design, le vrai, celui qui dure, est une affaire de patience, de savoir-faire, et surtout, de passion. "Un intérieur, c'est comme une bonne histoire", me glisse une visiteuse en s'attardant devant une lampe en albâtre. "Plus il est bien raconté, plus on a envie d'y rester."
Prochaine étape : Milan, où nous verrons si cette quête d'authenticité et de sens résiste à l'épreuve du temps. En attendant, une chose est sûre : à Maison & Objet, Eichholtz a su transformer l'essai. Et nous, chez Pacific Compagnie, nous en redemandons.